Le Louis XV · Alain Ducasse
En 1987, Alain Ducasse arrive au Louis XV de l'Hôtel de Paris à vingt-neuf ans avec une conviction que personne n'avait encore formulée à ce niveau — que la tomate de Menton, le rouget de roche de la Méditerranée et l'huile d'olive de la vallée des Baux sont des matières premières nobles. Aussi nobles que le foie gras et la truffe noire. Que la cuisine méditerranéenne n'est pas une cuisine régionale sympathique tolérée par la grande gastronomie française. C'est un territoire culinaire souverain qui mérite les trois étoiles Michelin. Il les obtient en 1990 — en moins de trois ans. Jamais vu dans l'histoire du guide. Trente-sept ans plus tard, les trois étoiles sont encore là. Et la cuisine méditerranéenne de palace qu'Alain Ducasse a inventée au Louis XV est devenue la référence mondiale d'une façon de cuisiner que Monaco a rendue possible avant que le reste du monde comprenne ce qui se passait.
L'Histoire · La Révolution Silencieuse De 1987
Quand Alain Ducasse prend la direction des cuisines du Louis XV en 1987, la gastronomie de palace française est codifiée depuis un siècle — les fonds de veau, les sauces mères, les techniques de l'Escoffier, les produits nobles de la tradition classique. Cette cuisine est excellente. Elle est aussi parisienne, nordique dans ses fondements, construite autour de matières premières — beurre, crème, foie gras — qui appartiennent à une géographie qui n'est pas celle de la Méditerranée. Ducasse fait un pari radical — celui de construire la cuisine du Louis XV entièrement autour du territoire méditerranéen. Pas d'emprunt à la cuisine classique française. Pas de concession aux codes établis du restaurant de palace. Les légumes de l'arrière-pays niçois et de la Ligurie voisine. Les poissons de la Méditerranée — rouget de roche, saint-pierre, loup de mer — plutôt que les poissons nobles de l'Atlantique. L'huile d'olive des oliveraies de la vallée des Baux plutôt que le beurre de Normandie. Les herbes du littoral — basilic, thym, romarin — plutôt que les fines herbes classiques. Ce pari — qui semblait risqué dans le contexte gastronomique de 1987 — s'avère juste avec une rapidité que personne n'avait anticipée. En 1990, le Guide Michelin accorde trois étoiles au Louis XV. C'est la première fois dans l'histoire du guide qu'un restaurant de palace atteint ce niveau en moins de trois ans. Monaco venait d'entrer dans l'histoire de la gastronomie mondiale.
La Salle · L'Écrin Belle Époque
La salle du Louis XV est l'un des plus beaux écrins gastronomiques du monde — non pas parce qu'elle est la plus grande ou la plus décorée, mais parce qu'elle est la plus cohérente. Les dorures Belle Époque. Les lustres de Murano dont la lumière change selon l'heure — chaude et dorée le soir, plus froide et précise le midi. Les miroirs qui multiplient l'espace sans le dénaturer. Les boiseries sombres qui absorbent le bruit et créent une intimité que les grandes salles de restaurant atteignent rarement. La vue sur Casino Square — depuis les fenêtres hautes qui donnent sur la place la plus institutionnelle de Monaco, celle où les Rolls-Royce et les Bentley s'arrêtent avec la régularité des marées. Cette salle a été restaurée lors de la rénovation de 2019 avec une attention qui dit quelque chose sur la façon dont l'Hôtel de Paris — et la SBM — comprennent leur patrimoine. Chaque détail a été preservé dans son état historique. Rien n'a été modernisé pour sembler contemporain. La salle du Louis XV en 2025 ressemble à la salle du Louis XV en 1987 — parce que Ducasse avait raison depuis le début, et parce que la beauté d'un écrin Belle Époque n'a pas besoin d'être actualisée pour rester pertinente.
Dominique Lory dirige les cuisines du Louis XV dans la continuité de la vision d'Alain Ducasse — avec la rigueur d'un chef qui a compris que son rôle n'est pas de remplacer le fondateur mais de continuer ce qu'il a commencé avec ses propres mains et sa propre sensibilité. Cette continuité n'est pas de la nostalgie — c'est une discipline. La discipline de maintenir trois étoiles Michelin dans un restaurant dont la vision gastronomique a trente-sept ans sans jamais sembler daté, sans jamais chercher la nouveauté pour la nouveauté, sans jamais trahir le territoire méditerranéen qui est l'argument fondateur de la Maison. Les menus du Louis XV changent selon la saison et le marché — non pas pour suivre les tendances de la gastronomie mondiale, mais pour suivre ce que la Méditerranée produit dans ses meilleures conditions. Un rouget de roche pêché la nuit précédente. Une courgette de Vintimille cueillie le matin. Un agneau de Sisteron dont la qualité varie selon la saison et l'éleveur. Cette fidélité au produit — au-dessus de toute autre considération — est ce qui maintient les trois étoiles depuis trente-cinq ans. Et ce qui continuera de les maintenir tant que la Méditerranée produira ce qu'elle a toujours produit.
Le menu du Louis XV commence au marché de la Condamine — tous les matins, avant six heures, quand les maraîchers de l'arrière-pays niçois et de la Ligurie voisine posent leurs premières caisses sur les étals de la place d'Armes. C'est là que la cuisine du Louis XV se décide — non pas dans un bureau, non pas dans un planning hebdomadaire établi à l'avance, mais face aux légumes du matin, aux poissons de la nuit, aux herbes coupées à l'aube. Cette façon de cuisiner — qui place le produit avant la recette, la saison avant le menu, le producteur avant le client — est l'héritage le plus concret qu'Alain Ducasse ait laissé au Louis XV. Elle est aussi la plus difficile à maintenir. Un restaurant trois étoiles qui décide son menu au marché du matin ne peut pas promettre à ses clients ce qu'il servira le soir — il peut seulement promettre que ce qu'il servira sera dans les meilleures conditions possibles ce jour-là. À Monaco, où la clientèle du Louis XV a suffisamment d'expérience gastronomique pour comprendre et apprécier cette honnêteté, cette promesse vaut plus que n'importe quel menu fixé six mois à l'avance.
La cave du Louis XV est la même cave que celle de l'Hôtel de Paris — plusieurs centaines de milliers de bouteilles dans des galeries creusées sous Casino Square, dont certaines datent du XIXe siècle, dont la valeur financière dépasse celle de nombreuses propriétés viticoles entières. Mais au Louis XV, cette cave n'est pas seulement un patrimoine — c'est un outil de travail quotidien dont la profondeur temporelle produit des accords que nul autre restaurant au monde ne peut proposer avec la même cohérence. Un Pétrus 1961 sorti de ces galeries pour accompagner un rouget de roche au Louis XV n'est pas un accord de prestige. C'est une conversation entre deux objets qui ont traversé le même siècle dans des conditions différentes et qui se retrouvent dans le même verre pour dire quelque chose sur la durée — sur la façon dont ce qui a été fait avec soin en 1961 est encore juste en 2025. La sommellerie du Louis XV est construite autour de cette conviction — que le meilleur accord n'est pas toujours le plus attendu, que la cave la plus profonde permet les propositions les plus surprenantes, et que le client qui fait confiance au sommelier du Louis XV ne sera jamais déçu parce que ce sommelier a accès à quelque chose que nul autre dans le monde ne possède — la mémoire vinícole la plus complète de la Méditerranée.
Les menus du Louis XV sont construits autour d'une architecture simple — celle du territoire méditerranéen décliné en quatre actes. Les légumes d'abord — traités avec une attention qui dit que la courgette de Vintimille et l'artichaut violet de Provence méritent le même soin que les meilleures viandes. Les poissons ensuite — rouget, saint-pierre, loup, daurade — préparés avec la précision d'un joaillier qui sait que la qualité de la matière première est irremplaçable et que la technique n'est là que pour la révéler. Les viandes — agneau de Sisteron, veau de lait, pigeon — choisies auprès d'éleveurs dont la qualité de production est aussi surveillée que celle des maraîchers. Les desserts enfin — construits autour des fruits du littoral et des agrumes de la région, avec la même légèreté et la même précision que le reste du repas. Cette architecture — méditerranéenne dans ses fondements, rigoureuse dans son exécution, honnête dans son rapport au produit — est celle que Ducasse a posée en 1987 et que Dominique Lory maintient aujourd'hui avec la conviction que ce qui était juste il y a trente-sept ans l'est encore. Parce que la Méditerranée, elle, n'a pas changé.
En 1987, Alain Ducasse dit quelque chose
que personne n'avait encore formulé à ce niveau —
que la tomate de Menton
et le rouget de roche de la Méditerranée
sont des matières premières nobles.
Aussi nobles que le foie gras et la truffe noire.
Que la cuisine méditerranéenne
mérite les trois étoiles Michelin.
Il les obtient en 1990 —
en moins de trois ans.
Jamais vu dans l'histoire du guide.
Trente-sept ans plus tard,
les trois étoiles sont encore là.
Et la Méditerranée
n'a pas changé.
Ce qui distingue le Louis XV de toutes les autres tables étoilées de Monaco — et de la plupart des tables étoilées du monde — n'est pas la qualité de la cuisine. C'est la légitimité historique. Le Louis XV est la table qui a posé la cuisine méditerranéenne au niveau de la grande cuisine mondiale — qui a dit en 1987, avec la clarté d'une déclaration plutôt que d'une ambition, que la Méditerranée était un territoire gastronomique souverain dont les produits méritaient le traitement que la tradition classique française réservait aux siens. Cette déclaration — confirmée par trois étoiles Michelin en 1990 et maintenue depuis lors sans interruption — a changé la façon dont la gastronomie mondiale regarde la Méditerranée. Les chefs qui cuisinent aujourd'hui les légumes du marché de Nice, les poissons de la Méditerranée et l'huile d'olive des oliveraies provençales avec le sérieux d'une grande cuisine doivent quelque chose au Louis XV — même s'ils ne le savent pas, même s'ils ne l'ont jamais formulé. Monaco a rendu ce geste possible — en offrant à Alain Ducasse en 1987 un écrin Belle Époque, une cave légendaire et une clientèle internationale suffisamment sophistiquée pour comprendre ce qu'il faisait avant que le reste du monde le comprenne. C'est ce que Monaco fait de mieux — reconnaître l'excellence avant qu'elle soit évidente. Et lui donner les conditions de s'exprimer.
Le Louis XV · Alain Ducasse à l'Hôtel de Paris
Place du Casino
Monte-Carlo, Principauté de Monaco
Distinctions
Trois étoiles Michelin · Depuis 1990
Horaires
Jeudi – Lundi · Déjeuner et dîner
Fermé mardi et mercredi
Fermé mi-novembre à mi-décembre
Réservations
Sur réservation exclusivement · Plusieurs semaines à l'avance
alain-ducasse.com · Hôtel de Paris Monte-Carlo
Tenue correcte exigée
Le rouget de roche
pêché dans la nuit.
Posé sur le marché à cinq heures du matin.
Choisi avant six heures.
Dans l'assiette du Louis XV à midi.
Sous les lustres de Murano.
Face à Casino Square.
Avec un Pétrus 1961
sorti des galeries sous la place.
Ce n'est pas un repas.
C'est la définition exacte
de ce que Monaco peut offrir
quand tout ce qu'elle est
se concentre
dans une seule assiette —
le territoire,
la mémoire,
et la conviction
que la Méditerranée
méritait d'être prise au sérieux.
Ducasse l'a dit en 1987.
Le Louis XV le dit encore
chaque soir.
Le Louis XV · Alain Ducasse à l’Hôtel de Paris
© Le Louis XV · Alain Ducasse à l’Hôtel de Paris























